Réglementaire

Conformité cyber : ce que le RGPD, NIS2 et DORA exigent vraiment d'une PME

Sept questions pour savoir où vous en êtes, les mesures à prendre dans l'ordre, les prix réels, et l'état exact des textes : RGPD, NIS2 (toujours pas transposée en France), DORA, HDS et PCI DSS.

La rédaction Lyyp ·14 min de lecture ·Publié le 13/09/2026

Pourquoi la conformité n'est pas qu'une affaire de juristes
Pour beaucoup de dirigeants, « conformité » évoque un classeur rangé dans un placard et une mention légale en bas du site. C'est une lecture dangereuse, parce que les textes qui comptent pour une PME (le RGPD, et demain NIS2) ne demandent pas d'abord des documents : ils demandent de protéger réellement les données et les systèmes, puis de pouvoir le prouver.
Les chiffres de 2025 montrent que le sujet a quitté le terrain théorique :
  • La CNIL a reçu 6 167 notifications de violations de données en 2025, en hausse de 9,5 % sur un an ; une sur deux relève d'un piratage.
  • Elle a prononcé 83 sanctions, pour un montant cumulé d'environ 487 millions d'euros.
  • L'ANSSI a eu connaissance de 128 compromissions par rançongiciel en 2025, dont 48 % touchent des TPE, PME et ETI (contre 37 % en 2024).
  • Selon le baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME, 58 % d'entre elles admettent qu'elles ne sauraient pas évaluer les conséquences d'une cyberattaque.
Autrement dit : l'incident est probable, et le jour où il survient, la question posée par la CNIL, l'assureur ou un client ne sera pas « aviez-vous un classeur ? » mais « qu'aviez-vous mis en place, et depuis quand ? ». La conformité, c'est la capacité à répondre à cette question.
Elle a aussi un effet commercial immédiat. Les grands comptes, les établissements de santé et le secteur financier répercutent leurs propres obligations sur leurs fournisseurs : questionnaires de sécurité, clauses de notification d'incident, demandes d'audit. Pour une PME sous-traitante, la réglementation arrive souvent par le contrat avant d'arriver par la loi.
Se situer en sept questions
Répondez par oui ou par non. Un « à peu près » vaut non : ce qui ne peut pas être montré n'existe pas aux yeux d'un contrôleur.
1. Votre registre des traitements a-t-il été mis à jour depuis moins d'un an ?
Non : c'est l'obligation de base du RGPD, et le point de départ de tout le reste. Sans registre, vous ne savez ni quelles données vous détenez, ni où elles sont, ni qui y accède. Oui : vérifiez qu'il reflète la réalité (outils cloud, CRM, paie externalisée) et pas un modèle rempli une fois.
2. Savez-vous, par écrit, si vous devez désigner un DPO ?
Non : la désignation est obligatoire dans trois cas précis (voir plus bas). Si vous n'y êtes pas soumis, documentez ce raisonnement ; si vous l'êtes, un DPO interne ou externalisé doit être déclaré à la CNIL.
3. Existe-t-il une procédure écrite de notification des violations de données, avec le nom de la personne qui la déclenche ?
Non : le délai de 72 heures de l'article 33 du RGPD court à partir de la prise de connaissance de la violation. Sans procédure, ce délai est presque toujours dépassé, et le retard devient un manquement en soi.
4. Les durées de conservation sont-elles réellement appliquées (des données sont-elles effectivement supprimées) ?
Non : chaque donnée conservée sans raison est une donnée qui peut fuiter. C'est aussi l'un des manquements les plus simples à constater lors d'un contrôle.
5. Avez-vous la liste de vos sous-traitants qui manipulent des données personnelles, avec des clauses contractuelles adaptées ?
Non : hébergeur, éditeur SaaS, prestataire de paie, infogérant… vous restez responsable de ce qu'ils font de vos données. Beaucoup de violations passent par un sous-traitant.
6. Avez-vous fait le test d'éligibilité NIS2 de l'ANSSI ?
Non : le test « Suis-je concerné ? » de la plateforme MonEspaceNIS2 prend quelques minutes. Même si la directive n'est pas encore transposée en France, savoir si vous serez dans le périmètre change votre calendrier.
7. Si vous travaillez pour la finance, la santé ou traitez des paiements par carte, avez-vous identifié les exigences DORA, HDS ou PCI DSS qui vous concernent ?
Non : ces exigences s'appliquent directement à vous (HDS, PCI DSS) ou vous seront imposées par contrat par vos clients (DORA). Elles se découvrent mal au moment d'un appel d'offres.
Lecture : quatre « non » ou plus, commencez par les trois premières mesures ci-dessous avant toute autre dépense. Deux ou trois « non » : vous avez une base, il reste à la rendre démontrable. Aucun « non » : l'enjeu devient la preuve de l'efficacité (audit, revue annuelle).
Les mesures prioritaires, dans l'ordre
L'ordre compte : chaque étape s'appuie sur la précédente. Sauter directement à la certification ou au « pack conformité » revient à construire sans fondations.
1. Cartographier : registre et sous-traitants
Listez les traitements de données personnelles (clients, prospects, salariés, candidats, fournisseurs), leur finalité, les catégories de données, les destinataires, la durée de conservation et l'endroit où elles sont stockées. Ajoutez la liste des sous-traitants concernés. La CNIL propose un modèle de registre simplifié : utilisez-le comme trame, pas comme résultat.
2. Préparer la notification des violations
Une page suffit : qui qualifie l'incident, qui décide de notifier la CNIL, qui informe les personnes concernées si le risque est élevé, où l'on consigne chaque violation (même non notifiée, l'article 33 impose de la documenter). Ajoutez-y un rappel qui coûte cher à oublier : pour être indemnisée par son assurance au titre d'une cyberattaque, une entreprise doit déposer plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l'atteinte (article L. 12-10-1 du code des assurances).
3. Mettre en place les mesures de sécurité de base
L'article 32 du RGPD n'impose pas une liste de produits : il impose un niveau de sécurité adapté au risque. Deux référentiels publics donnent le contenu concret :
  • le Guide de la sécurité des données personnelles de la CNIL (édition 2024, 25 fiches), qui dit aussi ce qu'il ne faut pas faire ;
  • le Guide d'hygiène informatique de l'ANSSI (42 mesures), et sa version condensée pour les petites structures, La cybersécurité pour les TPE/PME en treize questions.
Priorités habituelles : authentification multifacteur sur la messagerie et les accès distants, gestion des droits, sauvegardes testées, chiffrement des postes nomades et des échanges sensibles, mises à jour.
4. Appliquer les durées de conservation
Fixez une durée par traitement, puis programmez la suppression ou l'archivage : une purge annuelle datée vaut mieux qu'une politique parfaite jamais exécutée.
5. Trancher la question du DPO
Si la désignation est obligatoire, choisissez entre un profil interne formé et un DPO externalisé, et déclarez-le à la CNIL. Si elle ne l'est pas, nommez tout de même un référent : le sujet doit appartenir à quelqu'un.
6. Réaliser les analyses d'impact nécessaires
Une analyse d'impact (AIPD) est requise pour les traitements susceptibles d'engendrer un risque élevé : vidéosurveillance, données de santé, profilage, surveillance des salariés. Elle se fait avant la mise en œuvre, pas après la plainte.
7. Se positionner sur NIS2, DORA, HDS et PCI DSS
Faites le test MonEspaceNIS2, recensez vos clients soumis à DORA et les exigences qu'ils vous transmettent, vérifiez si vous hébergez des données de santé ou traitez des données de carte bancaire. Pour anticiper NIS2, l'ANSSI publie depuis le 17 mars 2026 le Référentiel Cyber France (ReCyF), qui liste les mesures recommandées : c'est aujourd'hui la meilleure feuille de route disponible.
8. Inscrire une revue annuelle à l'ordre du jour de la direction
Registre, violations de l'année, sous-traitants, plan d'action : une réunion par an, avec un compte rendu. C'est ce qui transforme des efforts ponctuels en conformité démontrable, et c'est exactement ce que NIS2 exigera des organes de direction.
Les erreurs fréquentes
  • Confondre documentation et protection. Un registre impeccable ne protège pas une messagerie sans authentification multifacteur. Le RGPD sanctionne aussi les défauts de sécurité.
  • Remplir un modèle générique. Un registre copié qui mentionne des traitements que vous n'avez pas, et oublie ceux que vous avez, se repère au premier échange.
  • Croire que NIS2 s'applique déjà en France, ou qu'elle ne s'appliquera jamais. Les deux sont faux : le texte n'est pas transposé, mais il le sera, et le délai de mise en conformité courra à partir de là.
  • Attendre la loi pour démarrer. Une mise en conformité se compte en mois, et des milliers d'entités chercheront le même accompagnement au même moment.
  • Nommer un DPO « de nom ». Un DPO sans moyens, sans formation ou placé en conflit d'intérêts (le responsable informatique qui contrôle ses propres choix, par exemple) ne remplit pas les conditions du RGPD.
  • Tenir une certification pour une conformité. L'ISO 27001 facilite la démonstration, mais ni le RGPD ni NIS2 n'imposent de certification, et aucune ne dispense de ses obligations.
  • Oublier les sous-traitants. Vous déléguez le traitement, pas la responsabilité.
  • Ne rien dater. Une mesure sans date de mise en place ni trace de revue ne peut pas être opposée à un contrôleur ou à un assureur.
Ce que ça coûte
Les fourchettes ci-dessous proviennent du catalogue de prestations Lyyp. Elles donnent un ordre de grandeur ; le prix réel dépend du périmètre (nombre de sites, de traitements, d'applications) et doit figurer dans un devis détaillé.
Faire le point
  • Audit flash (état des lieux) : 1 500 à 3 000 €, environ 2 jours.
  • Audit de conformité RGPD : 3 000 à 8 000 €, environ 10 jours.
  • Audit organisationnel SSI : 4 000 à 10 000 €, environ 10 jours.
Se mettre en conformité
  • Mise en conformité RGPD : 5 000 à 15 000 €, environ 60 jours.
  • DPO externalisé : 1 500 à 4 000 €, pour un accompagnement d'une durée moyenne d'un an.
  • Politique de sécurité (PSSI) : 3 000 à 8 000 €, environ 15 jours.
  • Mise en conformité NIS2 : 5 000 à 20 000 €, environ 90 jours.
Répondre à un référentiel sectoriel
  • Mise en conformité DORA : 6 000 à 25 000 €, environ 120 jours.
  • Conformité PCI DSS : 6 000 à 20 000 €, environ 90 jours.
  • Accompagnement HDS : 8 000 à 30 000 €, environ 150 jours.
  • Accompagnement ISO 27001 : 10 000 à 40 000 €, environ 180 jours ; un audit ISO 27001 à blanc se situe entre 6 000 et 15 000 €.
Pour une PME sans obligation sectorielle, le parcours réaliste est un état des lieux, puis une mise en conformité RGPD ciblée : quelques milliers d'euros, pas des dizaines.
Ce que les textes imposent réellement
RGPD : toutes les entreprises
  • Article 5 : les données sont conservées pendant une durée n'excédant pas celle nécessaire (5.1.e), traitées de façon à garantir une sécurité appropriée (5.1.f), et le responsable du traitement doit être en mesure de démontrer qu'il respecte ces principes (5.2).
  • Article 32 : mesures techniques et organisationnelles adaptées au risque, notamment le chiffrement, la capacité à garantir la confidentialité, l'intégrité, la disponibilité et la résilience, la capacité à rétablir l'accès aux données, et des tests réguliers de l'efficacité des mesures.
  • Article 33 : notification à la CNIL « dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard » après avoir pris connaissance d'une violation présentant un risque.
  • Article 37 : désignation obligatoire d'un DPO pour les organismes publics, pour les organismes dont l'activité de base impose un suivi régulier et systématique à grande échelle des personnes, et pour ceux qui traitent à grande échelle des données sensibles ou relatives aux condamnations pénales.
Pour aller plus loin sur l'articulation entre ces obligations et la sécurité technique, lisez notre article sur les liens entre RGPD et cybersécurité ou la fiche RGPD du lexique.
NIS2 : pas encore applicable en France
La directive (UE) 2022/2555 devait être transposée au plus tard le 17 octobre 2024. Au 13 septembre 2026, elle ne l'est pas en France : le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité a été adopté par le Sénat le 12 mars 2025, puis par la commission spéciale de l'Assemblée nationale le 10 septembre 2025, mais n'a pas encore été examiné en séance publique. Le 8 juillet 2026, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l'Union européenne contre la France, l'Irlande, l'Espagne et les Pays-Bas pour défaut de transposition.
Conséquence : aucune obligation NIS2 n'est aujourd'hui exigible, et aucune sanction NIS2 ne peut être prononcée en France. Ce que la directive prévoit, et que la loi précisera :
  • un périmètre de 18 secteurs, visant en principe les entreprises d'au moins 50 salariés ou de plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires et de total de bilan ;
  • la responsabilité des organes de direction, tenus d'approuver les mesures et de se former (article 20) ;
  • des mesures de gestion des risques couvrant notamment la continuité d'activité, la chaîne d'approvisionnement, la cryptographie et l'authentification multifacteur (article 21) ;
  • une notification des incidents importants en trois temps : alerte précoce sous 24 heures, notification sous 72 heures, rapport final sous un mois (article 23) ;
  • des amendes d'au moins 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial pour les entités essentielles, 7 millions ou 1,4 % pour les entités importantes (article 34).
Le détail (secteurs, seuils, effet sur les sous-traitants) est traité dans notre article NIS2 : votre PME est-elle concernée ? et dans la fiche NIS2.
DORA : secteur financier, applicable
Le règlement (UE) 2022/2554 s'applique depuis le 17 janvier 2025, directement, sans transposition. Il vise les entités financières (banques, assurances, établissements de paiement, sociétés de gestion…). Une PME est concernée indirectement si elle leur fournit des services informatiques : ses clients doivent tenir un registre de leurs contrats de services TIC et encadrer ces contrats (article 28), et ils vous transmettront leurs exigences de continuité, de notification et d'audit.
HDS : si vous hébergez des données de santé
L'article L. 1111-8 du code de la santé publique impose à tout hébergeur de données de santé à caractère personnel sur support numérique, pour le compte de tiers, d'être certifié par un organisme accrédité. Un éditeur de logiciel médical qui héberge les données de ses clients est concerné.
PCI DSS : si vous traitez des données de carte bancaire
PCI DSS n'est pas une loi mais une norme contractuelle imposée par les réseaux de cartes, via votre banque ou votre prestataire de paiement. La version 3.2.1 a été retirée le 31 mars 2024 ; les 51 exigences « à date différée » de la version 4.x sont obligatoires depuis le 31 mars 2025. Confier le paiement à un prestataire certifié réduit fortement votre périmètre.
Cette section situe les obligations ; elle ne remplace pas une analyse juridique de votre situation.
Passer à l'action
Commencez par mesurer. Le diagnostic Lyyp ciblé sur la conformité pose 8 questions (DPO, registre, politique de gestion des données, durées de conservation, analyses d'impact, positionnement NIS2, notification d'incident, cryptographie). Il est gratuit, et vous repartez avec un score et vos failles prioritaires sur ce domaine. Si vous ne savez pas par quel domaine commencer, voyez par où commencer.
Ensuite, faites chiffrer les chantiers identifiés : consultez les prestataires en conformité RGPD référencés sur Lyyp, et comparez au moins deux devis sur un périmètre écrit.
Sources

Et vous, concrètement ?

Le diagnostic Lyyp mesure ce que ce guide vous fait estimer : un score par domaine, vos trois failles prioritaires, un badge de maturité. Quinze minutes, gratuit.